Un lieu à soi

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est, à mon sens, important de commencer par cette vérité : prendre soin de soi commence par l’intimité. L’intimité avec soi, pour se retrouver face à nous-même. L’intimité d’un lieu, d’un espace, pour soi.


I. En tête à tête

Prendre soin de soi en profondeur commence par un tête à tête avec nous-même. Effrayante situation pour un grand nombre, se retrouver face à soi révèle des aspects de nous-mêmes et des blessures, des solitudes éventuelles, que nous cherchons habituellement à éviter. Or, cette situation de confinement, pour ceux qui ont la possibilité de rester chez eux, nous prive de ces échappatoires du quotidien et révèle ces aspects. Ce n’est pas pour rien que le nombre de violences domestiques augmente dans ce contexte.

Une grande majorité des habitants de cette planète vit avec des traumas et des problèmes psychologiques (plus ou moins profonds) non réglés qui impactent non seulement leur bien être, mais également celui de leur entourage.

Nous en avons tous et il est sain pour soi, et pour les autres, de chercher à réajuster ces « dérèglements ». Il est possible, pour cela, de faire appel à des aides extérieures (des proches ou, pourquoi pas, des professionnel.le.s). Ces simples « ajustement techniques » sont pour la plupart d’entre nous inconscients et ne se révèlent que lorsque nous sommes face à nous-même.

Quoiqu’il en soit, si vous vous fuyez constamment (activisme, déni, entourage constant, etc) posez vous des questions. Vous pourriez prendre tous les bains que vous souhaitez ou vous mettre des concombres sur les yeux, si vous avez un mal-être profond à régler, vous n’irez pas mieux. Cette étape est cruciale et c’est là que l’espace privé entre en jeu. Une action aussi intime que la mise à nue de ce qui se passe au plus profond de nous-même nécessite un climat de sécurité. Un lieu où nous pourrons laisser sortir ce qu’il y a éventuellement à sortir en toute liberté et chercher à simplement se retrouver, voir comment nous allons, pourquoi avons nous réagit à cette situation ainsi, etc. Bref, faire le point avec nous ou simplement se retrouver en tête à tête.

 

II. Un lieu à soi

Les plus littéraires d’entre vous auront certainement reconnu en ce titre une référence à l’ouvrage de Virginia Woolf : Une chambre à soi1. Ce livre suggère comment l’histoire de la littérature contemporaine aurait certainement été bouleversée, et plus fournie en œuvres féminines, si un espace privé (et une indépendance pécuniaire) leur avait été accordé, au même titre que leurs congénères masculins. Le fait d’avoir privé les femmes d’un lieu à elle, d’un espace privé, en les laissant confinées à l’espace domestique et, par conséquent, constamment sollicitées, ne leur a pas permis de pouvoir s’isoler et a certainement orienté la production intellectuelle et littéraire du début du XXème siècle. Il y est suggéré que la possession d’un lieu paisible aurait certainement permis à un plus grand nombre d’entre elles de produire des écrits, comme en témoigne la florissante littérature à majorité masculine du début XXème siècle, au même titre que les quelques privilégiées que furent des Virginia Woolf, Charlotte Brontë ou encore Jane Austen.

Ce petit topo afin de vous témoigner l’importance et la portée que peut avoir un lieu privé. Chacun possède sa propre méthode de travail, mais l’isolement reste, malgré tout, le secret d’une belle productivité. C’est dans l’isolement, dans le secret, que naissent en nos esprits les plus beaux projets, les plus belles œuvres, les plus grands rêves. Qu’ils proviennent de réflexions intenses, de rêveries ou de « révélations ». Se retrouver coupé de tout, isolé, physiquement ou mentalement est généralement recommandé. La Bible elle-même encourage à trouver cet espace :

« Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu 6.6

Bien entendu, trouver un lieu à soi, un instant pour se concentrer sur ces choses peut être une réelle difficulté, en particulier en ces périodes de confinement. J’ai conscience que tout le monde ne fait pas face aux mêmes réalités. Comme à l’époque de Virginia Woolf, posséder un lieu personnel est un véritable privilège. Il n’est pas possible à tous d’avoir une pièce dédiée. D’autant plus que beaucoup cohabitent à plusieurs dans de petits espaces, ou ont des enfants constamment à leurs trousses. L’idée est d’adapter ce « lieu à soi» en fonction de nos saisons de vie et de nos possibilités. Cet espace à soi est créé par chacun et n’est pas nécessairement physique.

Il s’agit simplement de trouver un instant d’isolement. Ce lieu peut être un espace temporel, par exemple  10 min avant le réveil pour boire un thé dans la cuisine. Vous pouvez aussi déposer un créneau et un lieu, et avertir vos « colocataires » que vous vous enfermez tant de temps dans les toilettes à telle heure, par exemple. Ou vous pouvez, tout simplement, créer un isolement en mettant, par exemple, un casque sur ses oreilles, en créant une barrière de coussins, en se cachant sous une couette ou en s’enfermant dans un placard pour les moins claustrophobes d’entre vous. Créez vous un espace qui vous ressemble, un instant pour vous retrouvez. Un lieu à vous.

Marion

1Une chambre à soi ; titre original A Room of one’s own ; Virginia Woolf ; 1929 ; Essai éponyme de sa conférence à l’Université de Cambridge, donnée en 1928, sur la relation entre les femmes et le roman.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *